SHARP OBJECTS

Ca fait des semaines que je souhaite vous en parler mais j’ai pris sur pour moi pour patienter jusqu’au dernier épisode de la série. Et ce, dans l’unique but de faire un parallèle avec le livre parce qu’ils sont -d’après moi- complètement complémentaires. C’est la première fois que je procède de cette façon mais cela me semblait indispensable car ils ont chacun leur procédé pour raconter cette histoire aussi profonde qu’une plaie hémorragique tapis sous la peau qui ne cesse de saigner. Cette impression est suggérée dès le titre, donnant un aperçu de l’univers avant même d’y entrer. Je vous présente sans plus tarder l’oeuvre de Gillian Flynn ayant donné, douze ans plus tard, la réalisation de cette pépite diffusée sur HBO. Attention, de multiples spoilers sont au rendez-vous…

crédit photo : allociné + babelio

Résumé : La ville de Wind Gap dans le Missouri est sous le choc: une petite fille a disparu. Déjà l’été dernier, une enfant avait été enlevée. On l’avait retrouvée peu après, étranglée…La jeune journaliste Camille Preaker, qui a grandi à Wind Gap, est envoyée sur place pour couvrir l’affaire.

Critique : J’ai découvert la série un peu par hasard et m’y suis intéressée en voyant l’actrice Amy Adams au casting. Ainsi j’ai commencé à regarder par curiosité, avant d’être complètement happée par l’atmosphère fascinante et dérangeante de Wind Gap. Cette petite ville, en apparence tranquille, dissimule en réalité une forme de violence très brutale. Cependant, ce n’est pas cette bourgade qui fait autant d’effet mais bel et bien les femmes qui y résident. J’ai acheté le livre après avoir visionné les trois premiers épisodes. Je n’en pouvais plus d’attendre pour connaître la suite et surtout je mourrais d’envie de découvrir l’identité du tueur. J’ai dévoré l’ouvrage en quelques jours, regrettant presque d’arriver à la fin. Il faut dire que le style de l’auteure, Gillian Flynn, est vraiment percutant. C’est à la fois fluide et léger, parfois cru et dur, mais toujours juste. Elle raconte les événements sans chercher à les rendre plus faciles à avaler, moins difficiles à digérer. Au contraire, ils sont présentés comme ils se sont passés.

Mon papier du jour traitait d’un cas aussi sordide que banal. On avait retrouvé dans le South Side quatre mômes, âgés de deux à six ans, enfermés dans une chambre […] à s’agiter sur la moquette comme des poules en cage, au milieu de la nourriture et des excréments. Leur mère s’en était allée tirer sur une pipe, et les avait tout bonnement oubliés. Ce sont des choses qui arrivent.

Au delà de la trame narrative qui lance le récit avec une affaire policière, c’est la complexité de la famille Crellin qui nourrit véritablement le fond de l’histoire. Chaque femme évoque à sa façon, un mal-être qui ronge son âme. D’abord la maladie incarnée par Adora, la mère, atteinte du syndrome de Müncchaussen par procuration. Elle rend malade ses enfants pour obtenir de l’attention, les aime d’une façon malsaine. Ensuite la souffrance, présentée sous les traits de Camille, la fille aînée, qui nous amène dans la fosse aux démons. Elle revient dans sa ville natale, berceau de ses traumatismes, là où les scarifications ont commencé. Suivi de près par le souvenir de la défunte Marian qui incarne la mort dans toute sa splendeur. Elle est victime du trouble psychologique maternel qui a eu raison de son frêle corps. Enfin, la petite dernière, Amma, représentant le poison ingurgité par son organisme depuis sa naissance. Elle est un savant mélange de ses deux soeurs, à la fois vulnérable et increvable, ayant compris comment satisfaire sa mère et garder son amour tout en restant en vie.

A son âge quand j’étais triste , je me faisais du mal Amma, elle, faisait du mal aux autres.

C’est à mon sens, le personnage le plus interpellant du quatuor. Dès les premiers instants, il y a quelque chose de spécial qui se dégage de sa personne. Il faut dire que l’interprétation de l’actrice, Eliza Scanlen, est vraiment incroyable. Puis, la vision des autres à son égard, lui donne encore plus de consistance. Elle est intelligente Amma, sait parfaitement comment manipuler son entourage et pourtant, se laisse volontairement maltraiter par sa mère pour que cette dernière la materne. Cela semble tordu et pourtant, c’est très logique de son point de vue, ayant grandi dans cet environnement  pour le moins nuisible qui représente sa normalité. C’est en ce sens qu’elle représente, comme les autres femmes de sa famille, des cas d’étude fascinants à travers leur psychologie respective. Chacune supporte le mal à sa façon, sans vraiment mettre un nom dessus. Et justement, le corps de Camille est entièrement recouvert de mots mais aucun d’eux ne désigne le véritable coupable de sa détresse.

Je me coupe, voyez-vous. Je me taillade la peau. Je l’incise. Je la creuse. Je la troue. Je suis un cas très particulier. Je n’agis pas ainsi sans raison : ma peau hurle.

J’ai trouvé cela vraiment bien de replonger dans son passé en voyant des passages de sa jeunesse grâce à la série. C’est une bonne manière de montrer combien elle est profondément marquée, écorchée à vif malgré le temps passé loin de Wind Gap et j’en profite pour saluer le jeu de Sophia Lillis qui l’incarne adolescente. Entre l’ancienne et la nouvelle version de Camille, il y a toujours cette fragilité qui perdure. Elle est bousillée de l’intérieur, abîmée, endommagée. A défaut de se laisser détruire par sa mère, la gamine s’est auto-détruite et la femme tente de vivre avec ses démons. C’est un personnage très attachant, probablement le plus d’entre tous parce qu’il nous laisse découvrir toutes les failles de son être, ses pensées les plus inavouables, ses peurs les plus profondes, ses souvenirs les plus atroces, ses rêves les plus fous. Elle est au premier plan dans les pages qui nous transportent par conséquent, ce sont à travers ses yeux que nous découvrons Wind Gap contrairement aux épisodes qui nous donnent une vue d’ensemble.

C’est l’une de ces villes navrantes enclines au malheur : collision de bus, tornade, explosion au silo, un petit môme emporté par un torrent.

De façon générale, ce qui diffère de la série à l’ouvrage résulte principalement de la présence de certaines scènes au détriment d’autres. Ainsi, le livre donne des informations supplémentaires qui permettent de s’insérer beaucoup plus facilement dans la tête de Camille et de s’intégrer dans la famille Crellin. Que ce soit des anecdotes, des caractéristiques, des commentaires de la part de la journaliste. A contrario, la série présente des personnages dont on ne sait rien au départ et c’est le mystère gravitant autour d’eux qui donne envie d’en savoir plus. Ce qui permet, par exemple, de créer l’image d’Amma avec de subtiles nuances qui la rendent plus difficiles à cerner. Elle n’est pas seulement réduite aux termes qui la caractérisent. Dans les deux cas, il y a une similarité maintenue, seule la façon d’aborder l’histoire présente des distinctions. Ce qui m’amène au point le plus crucial, le dénouement. Entre le papier et l’écran, la fin est présentée sous des angles différents. Le dernier épisode opte pour une chute quand le dernier chapitre clôture le drame.

crédit gifs : alaynestone

En effet, dans le bouquin, les motivations du tueur sont clairement expliquées alors que la série ne dévoile que son identité, laissant le doute planer quant aux raisons de ses actes. J’imagine que c’est un choix stratégique mais j’espère qu’il aboutira à une nouvelle saison parce qu’à mon sens, connaître l’identité du meurtrier sans ses motifs n’a aucune valeur. Cependant, j’ai beaucoup aimé la scène du dîner, quand Camille est encore sous le choc mais ne pense qu’à une seule chose : sauver la soeur qu’il lui reste. Sauver Amma pour sauver Marian, en quelque sorte. Sans se douter que son âme est déjà souillée par les meurtres perpétrés en toute conscience. Cette révélation est à la fois surprenante et attendue, compte tenu du fait que la petite Crellin est imbibée par le poison qui coule dans ses veines même si elle semble, par moment, chercher une porte de sortie. Une issue à son monde compliqué, à sa relation paradoxale avec sa mère (petite mention au amma et mama), à ses sombres pensées. Comme le montre les moments de complicité entre les deux sœurs.

En bref, je vous conseille vraiment cette série (coup de foudre pour les musiques) et ce livre (coup de foudre pour la plume) si vous avez le coeur bien accroché parce qu’il faut le reconnaître, ils abordent la violence sous toutes ses formes. La violence envers soi-même, envers les autres, envers les animaux aussi. Âmes sensibles, s’abstenir…

Citation : Un enfant nourrit au poison considère que faire mal participe au bien-être.

crédit photo : allociné

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3 réflexions sur “SHARP OBJECTS

  1. Effy Dreams dit :

    Coucou Megane. Je ne connaissais pas cette série et comme toutes les séries que tu m’as déjà conseillé et adoré je vais me laisser tenter par celle là et par le livre également. J’ai déjà lu Gillian Flynn que j’avais beaucoup aimé mêmes si pour le livre en question (Les apparences) le début me semblais trop long. Mais la fin valait largement le détour.
    P.S : trop contente de lire à nouveau des blogs et le tient en particulier. Des bisous Nadjima 😘

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